L'Olympique de Marseille a annoncé la nuit précédente l'arrivée au poste d'entraîneur d'Eric Gerets. Pape Diouf explique pourquoi il a été amené à prendre cette décision dans un entretien diffusé sur OMtv
Pourquoi avez-vous choisi Eric Gerets ?
La saison dernière, beaucoup ont pensé que le choix de prendre Albert Emon était un choix par défaut. Je me suis insurgé contre cela. C'était un choix voulu et concerté. Il y avait beaucoup de noms (Ranieri, Zeman...). Il a fallu peser le pour et le contre sur la liste de noms que nous avions. Albert Emon s'est détaché de cette liste et le seul qui avait une courte avance sur Albert Emon était Eric Gerets, par rapport à l'expérience qu'il a accumulée à la tête de certains clubs. Mais il n'avait pas pu venir car il n'avait pas pu se libérer de son contrat avec Galatasaray. Albert Emon était donc véritablement notre choix.
Eric Gerets est un homme d'expérience. Il a longtemps joué dans de grands clubs, il a été international pendant longtemps, capitaine de l'équipe de Belgique de la grande époque. Son parcours mérite le respect. Sa qualité fondamentale est une capacité à tirer le maximum de ses hommes et de son équipe. Il nous est apparu comme l'homme susceptible de restaurer la confiance.
Il a l'expérience de nombreux championnats européens...
Je ne m'engage jamais dans des affirmations catégoriques puisque le football inflige tous les jours des démentis. Et je m'amuse aujourd'hui à entendre des pseudo spécialistes stigmatisant notre recrutement.
On a pris Eric Gerets avec l'espoir qu'il apportera ce qui nous manque aujourd'hui ou du moins qu'il apportera un éclairage dans certains domaines de manière à ce que cette équipe, que beaucoup voyaient disputer la suprématie à Lyon, trouve son allant afin qu'elle soit plus conforme à ce que l'on en attend.
"Il fallait créer un électrochoc"
Avez-vous fixé des objectifs à Eric Gerets ?
On ne peut pas fixer des objectifs précis à un homme qui n'a pas été à la base de la préparation initiale, qui n'a pas donné son avis sur les joueurs recrutés. Par contre, il connaît notre situation, certains joueurs et les ambitions très hautes du club. Il sait donc que nous allons lui demander que le club quitte la position actuelle et gagne des places afin d'aller le plus haut possible. Je reste serein et me dit, le football étant ce qu'il est, pourquoi ne pas cette année essayer de rattraper le terrain perdu.
Eric Gerets arrive-t-il avec un staff ? Dominique Cuperly sera-t-il son adjoint ?
Lorsque nous avons évoqué avec lui sa manière de travailler et l'entourage qu'il souhaiterait avoir avec lui, il a répondu que ce n'était pas un problème, qu'il respectait les personnes en place, d'autant qu'on lui en a dit le plus grand bien. Donc, il vient tout seul, sans staff, et va travailler, à tous les niveaux, avec les gens qui sont sur place.
"Sans confiance, une équipe est fantomatique"
Comment en êtes-vous arrivé à cette décision de changer d'entraîneur ?
Danc ce changement, c'est la situation qui a été plus décisive que la volonté humaine. Albert Emon a conduit l'équipe pendant quinze mois de manière très satisfaisante, il l'a qualifiée pour la Champions League, il est également allé en finale de la Coupe de France. Dans notre esprit, il était parti pour mener cette saison à son terme. Malheureusement, on ne sait pas ce qui s'est passé. Il y a eu un départ calamiteux, un ratage énorme qui nous a poussé à mener, tous, une réflexion pour comprendre le pourquoi des choses. Albert a toujours fait partie de ces réunions. Il est arrivé un moment où nous avons pensé, vu qu'il est impossible de changer l'effectif dans son intégralité, qu'il fallait créer un électrochoc. Une solution intermédiaire qui malheureusement ne pouvait passer que par le changement de direction technique afin de réveiller quelque chose dans la tête des joueurs.
Il n'y a pas eu de pression extérieure. Ce changement est de votre ressort et de celui du staff marseillais...
Je ne suis absolument pas sujet à la pression quelle soit populaire ou médiatique. Je n'agis, depuis que je suis à la tête du club, que selon ma conscience et mes convictions. Si j'avais eu à subir des pressions, j'aurai pris cette décision avant. Pour moi, j'ai pris cette décision au moment où il le fallait, ni trop tôt, ni trop tard. Albert, dans sa loyauté absolue et dans son souci de mettre en avant les intérêts du club, m'avait dit, que si cela ne relevait que de sa compétence, il pouvait partir. J'ai refusé puisqu'à ce moment, ma conviction n'était pas faite que le problème venait de là. Ensuite, je suis arrivé à la conclusion que la confiance avait quitté le groupe. Sans confiance, une équipe est fantomatique. C'est ce que nous avons vu. Il fallait restaurer cette confiance et pour cela, il fallait un nouvel homme.
Des contacts avec seulement deux entraîneurs
Beaucoup de noms ont circulé dans la presse...
Nous n'avons contacté personne. Beaucoup d'agents nous ont suggéré des entraîneurs. Nous n'avons répondu à qui que ce soit. Quand j'ai lu que certains entraîneurs ne voulaient pas venir à Marseille pour telle ou telle raison, ce n'était que mensonge. Nous n'avons pris réellement des contacts qu'avec deux entraîneurs, qui tous deux étaient prêts à venir et c'est finalement l'un des deux qui est venu. Contrairement aux actes d'accusation que l'on dresse contre nous et bien souvent envers la direction technique en la personne de José Anigo, il faut savoir que les entraîneurs sont prêts à lâcher leur club pour venir à l'OM. Marseille reste une référence et un club que tous les entraîneurs veulent entraîner.
Vivez-vous ce changement d'entraîneur comme un échec ?
Absolument pas. Au pire, c'est un échec collectif. L'échec aurait été qu'Albert Emon soit remercié au bout de deux ou trois matches. Il est resté quinze mois. Si on reprend les statistiques de la longue histoire de l'OM, il doit faire partie d'une moyenne honnête dans la durée. Il y a de grands noms qui n'ont pas tenu la moitié. On ne peut donc pas parler d'échec à propos d'Albert Emon. Il est arrivé un moment où les circonstances ont conduit l'équipe dirigeante à prendre des dispositions pour redonner à l'équipe une confiance afin qu'elle joue à son niveau.
Comment étaient les joueurs ce matin à l'entraînement ?
Je ne les ai pas rencontrés mais José Anigo et Albert Emon leur ont annoncé la nouvelle. Albert leur a parlé, il leur a dit qu'il partait aujourd'hui, qu'il avait probablement fait des erreurs, qu'ils en avaient commis également et qu'il y avait un devoir à respecter lorsque l'on enfilait la tunique olympienne.
Quand arrive Eric Gerets ?
Il arrive jeudi, il prendra directement les rênes de l'équipe. Il rencontrera certainement les joueurs et le staff qui travaillera autour de lui. Ensuite, il organisera son travail selon ses convictions.




